Pranisme

Le fruit de la popularité actuelle du jeûne collectif est d’alimenter l’addiction aux croyances véreuses. Ventrée de stages est proposée durant lesquels sont exclusivement consommés des graines germées d’énergie vitale, prana, supposées imprégner l’univers. Durant ces festins gourmands, les gloutons fondent l’espérance de savourer un état de pleine conscience, mais plus exactement, gobent jusqu’à satiété la fameuse Maya, substance intoxicante dont la puissance appétitive délecte un mental souvent déjà bien pansu. Comment un tel gavage de concepts aussi grossiers qu’indigestes peut-il faire recette auprès de personnes sincèrement désireuses de goûter la divine ambroisie ? Âmes faméliques, sachez que cette approche de la spiritualité est inconnue des vrais mystiques. L’extrême frugalité exige la fortitude d’un authentique renonçant, car jeûner s’accomplit en pratiquant l’austérité des sens. Parce qu’il anémie l’illusion d’être et d’avoir un corps, le véritable jeûne nourrit l’Esprit…  

Ego

L’ego, un réel inexistant dont le chercheur de Vérité doit coûte que coûte connaître la nature. Alors Disciple, Il entame l’initiation secrète dispensée par son Maître. L’ego ne se trouve pas dans le temps, ne se situe en aucun lieu, ne peut être saisi par la pensée. Il ne peut être brûlé, ni noyé ni déchiqueté. Seule l’acuité de l’Œil spirituel peut l’anéantir…

Guru Purnima

Cette année, le Guru Purnima fut célébré le 9 juillet, jour où la lune est la plus pleine de toute l’année, où l’intensité de sa brillance est la plus vive. Cette journée commémore la divinité de Vyasa, rishi légendaire, compilateur des quatre Védas. Il fut le Sadguru de Shri Dattatreya, lui-même AdiGuru de tous les Saints de la Navnath Sampradaya.

Le Guru Purnima est un temps sacré durant lequel chaque disciple rend hommage à son Maître (puja) :  avec une infinie gratitude, il dépose en offrande à ses Pieds sa sincère dévotion et les fruits de sa pratique. Guru Poornima fête aussi le lien indéfectible qui unit Maître et disciple, rituel qui annonce le début de la nouvelle année spirituelle… 

Existence

Bien que l’existence ne soit qu’une rêverie sans commencement ni fin à laquelle la majorité des profanes se laisse aller, cette léthargie n’est pas sans danger. Les périls à braver se dissimulent dans la conviction de la réalité des vécus, dans le remâchement perpétuel de ces fictions aliénantes. Cette cogitation sans limites inféode les plus vulnérables au diktat banalisé de cures psys, de systèmes confessionnels en tout genre.

Quelle qu’en soit l’approche du non-initié, l’existence n’en demeure pas moins un chemin de Vie parsemé de précieux messages que constitue tout évènement, du pire au plus plaisant. Toujours se rappeler que son contenu est destiné non pas à l’être psychique que nous croyons être, mais bel et bien à l’Esprit que nous sommes. Eclairé par un Guide authentique, le jeune Cheminant effectue une lecture fluide, du signe extérieur jusqu’à sa source initiale : la conscience pure. Ce subtil travail de décryptage transforme le leurre liberticide des apparences en démystification salutaire. Le gommage des projections sensorielles s’achève lorsqu’est découvert le sens caché, véritable passage dérobé qui, s’il est suivi, conduit progressivement à l’état de veille permanent. L’emprise prégnante de la Maya, exacerbée par son pouvoir de fascination, n’a alors plus prise sur le Pèlerin intérieur.

La beauté de l’existence est d’en comprendre le sens….

Réflexion

Le néophyte :

– ‘‘Pourquoi un Maître ?’’

Maharani :

– ‘‘Le Maître est un miroir qui renvoie votre reflet. Réussissez d’abord le prodige de voir ce reflet,  puis comprenez que vous ne l’êtes pas et enfin, voyez le miroir sans reflet…’’

Gayatri mantra & Naam Mantra

Qu’une quantité incalculable d’adeptes doctrinaires à une théorie illuministe débite à toute heure d’une voix monocorde le gayatri mantra est un effet de mode vieux de plusieurs siècles. La répétition mentale (japa) de noms divins, syllabes sacrées, formules mystiques tout en égrainant un chapelet constitué de perles de bois (japa mâlâ) occasionne une volte-face de la conscience sur elle-même, rien de plus. L’efficacité de cette technique connaît son acmé auprès de ses sympathisants lorsque s’ensuivent la sensation imaginaire de purification des pensées, l’agréable impression d’épurement des émotions de doute et de peur mêlés ou encore le ressenti d’une cascade d’électrons positifs de haute énergie dans le champ corporel, censé le régénérer. A l’évidence, seule est revitalisée la crasse ignorance !

L’étymologie du terme sanskrit ‘‘gayatri’’, formé par deux mots ‘‘ganayat’’, ce qui est chanté et ‘‘trayate’’, ce qui délivre, sous- entend la délivrance pour tout quidam qui entonne l’hymne à la gloire de l’unité transcendantale du moi. Or, comment un sujet inexistant pourrait-il se libérer ?… (suite p.3)

Gayatri mantra & Naam Mantra

Le Naam Mantra n’a pas de source livresque, il ne peut être écrit ou pensé, ni entendu ni articulé. Donné au cœur de l’impénétrable par le Sadguru à son Semblable -et non par un gourou à quelqu’un ou quelqu’une en un temps et lieu donnés-, il est la mystérieuse Parole qui guérit à tout jamais de la méconnaissance de Soi.

Les étymologistes rapportent à la racine sanskrite jna, connaître, le mot ‘‘nom’’. Cela donne à entendre que connaissance du Nom glorieux et connaissance de Soi sont simultanées.

Secrètement faite en esprit, selon la volonté du Maître, la manducation spontanée de cette Graine de Vie aux vertus ambrosiaques opère naturellement la radieuse transfiguration appelée aussi réalisation de Soi…

Shri Siddharameshwar Maharaj

Maharaj au Disciple :

– ‘‘La prouesse de réaliser la Vérité ultime est comparable à l’extrême difficulté de dénouer un fil de soie par la pensée.’’

Maharani :

– ‘‘Bien-aimé Disciple, sache que la Réalisation de Soi s’effectue dès l’instant où il n’y a plus de penseur…’’

Qui suis-je ?

Naïvement optimiste, la plupart des chercheurs de Vérité scandent le ‘‘Qui suis-je ?’’ à seule fin de se réaliser. Cette grossière erreur, même commise de bonne foi, livre les pratiquants à une vaine espérance qui laisse présumer une réalisation du personnage imaginaire, je/ego, auquel ils sont totalement identifiés. Comment celui qui n’existe pas, qui n’est jamais né, peut-il prétendre à une renaissance ? Cette pratique-leurre a pour résultat navrant de gonfler l’ego, accroître l’ignorance.  Le travail du quêteur, à l’inverse, est de progressivement le réduire à néant, le contraignant systématiquement à se demander : ‘‘Qui ne suis-je pas ?’’ Dès l’instant où le légendaire ego -celui que vous croyez être-, accepte sa non existence, toi, disciple, éclairé par un Maître authentique, peut alors entamer la véritable quête en te posant la question : ‘‘Qui suis-Je ?…’’

Parabole

Une foule assemblée auprès de Lui, le Prophète dit :

– ‘‘Laissez venir à moi les petits enfants et ne les empêchez pas, car le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.’’

Le Saint n’incite pas les adultes à laisser les plus jeunes le rejoindre, Il s’adresse à son Semblable, Enfant-Lumière, quels que soient le genre, l’âge, la condition sociale, le titre de civilité, ces créations mentales auxquelles les individus s’identifient. Le Messie convie chacun à venir à Lui, en d’autres termes, à se faire disciple et suivre son enseignement qui libère de l’ignorance (royaume des morts). Ne les empêchez pas, cette notion de pluralité appelle au sacrifice des multiples identités de la personne, elle est une exhortation à la vertu du lâcher-prise. Quant au Royaume des cieux, il est la promesse donnée par l’Elu au Sien à entrer en samadhi, absorption totale de l’Esprit en Soi-Même…

Mécréant*

Certains petits malins se présentent devant le Maître, affirmant avec un air de contentement de soi et de suffisance arrogante mêlés -signes distinctifs d’un esprit confus- : 

– ‘‘Je n’ai pas besoin de Maître. Je suis mon propre maître.’’

A ces mots, Maharani répond :

-‘‘D’accord, très bien, mais avant d’être un maître de qui avez-vous été le disciple ? quel est son nom ? Vraisemblablement ego duquel vous recevez les ordres, duquel vous vous faites le valet empli d’une peur servile et auquel vous vouez un culte absurde, tributaire du moindre de ses caprices !…’’

 

 

 

 

* Mécréant : de l’ancien français , ‘mal’ et creire, ‘croire’

Méditation sauvage

La méditation sauvage ne nécessite pas l’inscription à des stages coûteux, n’oblige pas à prendre refuge dans un endroit calme et isolé, n’exige pas la maîtrise d’une technique posturale tout aussi fantaisiste qu’inadéquate, ne demande pas un temps d’apaisement ni même de baisser les paupières. Lorsqu’un désagrément extérieur ou un déplaisant ressenti intérieur, tous deux imaginaires, semblent vous déstabiliser, quels que soient le lieu et l’occupation du moment, concentrez-vous sur le point entre les deux yeux, inspirez puis expirez profondément. Cette goutte de Feu (Agni bindu), substance de vide, sur laquelle vous portez votre attention, a le pouvoir de consumer toute création mentale. Projections et identifications naissantes sont empêchées de croître et, avec elles, la fascination qu’elles exercent sur les personnes vulnérables. L’attention focalisée à cet endroit précis, jonction du visible et de l’invisible, situe le pratiquant au centre de nulle part où nul ne peut se tenir : images et sensations disparaissent, faute d’existant.
Si stopper le flux des pensées est un rêve irréalisable, la méditation sauvage permet de les évider naturellement de leurs effets hallucinogènes mettant fin au processus évolutif de la Maya. Le méditant, immergé dans la dimension virginale d’un mental sain dépeuplé de concepts, fait l’expérience du lâcher-prise…

Disciple

Le Disciple n’a pas de corps, pas de nom, Il est sans mémoire ni conscience d’exister ; Il n’est rien ni personne, sans nature et n’est connu que du seul Maître. C’est à Celui-là que le Sadguru s’adresse, Celui-là qu’Il éclaire, mais jamais untel ou unetelle qui se prend pour un disciple dans la Maya. Auprès du Maître, ces hypocrites viennent glaner des pensées pour se faire fort de leur connaissance spirituelle face aux ignorants dont ils sont les fieffés représentants ! Le véritable Disciple se tient au cœur du Satsang, saisit le sens de la Parole non dite, sans avoir recours au raisonnement intellectuel ou effort de compréhension. L’Initiation secrète est le petit-lait dont l’Humble se nourrit afin de croître en Sagesse et discernement…

Ranjit Maharaj

Dit : « Do your duty and die », fais ton devoir et meurs.

Il ne s’agit pas de travailler durant toute une vie pour ensuite expirer, mais de comprendre que le seul et unique devoir de chacun est de tirer profit de l’existence en s’adonnant à la recherche de sa véritable identité et ce, jusqu’à la réalisation de Soi, où survient alors la mort de l’ego…

Darshan

Le Darshan est un rarissime instant d’éternité où le Maître apparaît au Disciple dans sa forme resplendissante. Cette Vision est une grâce qui a lieu une seule et unique fois, accordée non pas aux yeux de chair, mais à l’Œil de l’Esprit…

Ici et maintenant

Les faux maîtres prétendent et invitent leurs adeptes à vivre dans l’ici et maintenant.

Mais qui (existe), et quand ? Sinon l’ego dans sa dimension imaginaire !…

 

 

Éveil spontané

L’éveil spontané dont témoignent bon nombre de maîtres à penser contemporains ou sages reconnus, sans appartenir à une lignée plusieurs fois millénaire, est une imposture. Ces éveillés sont des ignorants qui s’ignorent. L’éveil spontané est un phénomène né de l’imagination, puisqu’il est la compréhension intellectuelle que l’on n’est pas le corps. Si l’unité dont ils relatent l’expérience et le multiple sont de même nature, ils sont donc tous deux illusoires.  La conscience infiniment consciente d’elle-même ou perception pure du « je » a pour nom ego.

Cet éveil imaginaire maintient le profane captif de son enchantement, état qui fait obstacle au chemin qui mène à la Réalisation de Soi…

Neti, neti

Au début de la quête, pratiquez rituellement le neti neti. La répétition constante de cette expression sanskrite qui signifie ni ceci ni cela aide le chercheur de Vérité à se différencier de tout ce qu’il n’est pas. Il comprend peu à peu qu’il n’est aucune des sensations physiques ou mentales qu’il éprouve. Je ne suis ni ceci, le grossier, le visible : le corps ; ni cela, le subtil, l’invisible : émotions, pensées, désirs, indifférence, répulsions, plaisirs ou souffrances. L’habitude d’enrayer systématiquement les créations mentales fait tomber des pans entiers de la Maya et donne un avant-goût du détachement. Le pratiquant comprend alors : le corps-mental perçoit, Je ne ressens rien…